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S’il se réclame du communisme libertaire, il peut trouver des formes de renouvellement de la pensée libertaire aussi bien chez Max Stirner, l’un des pères de l’anarchisme individualiste que chez Marx. Daniel Guérin semble donc être inclassable tant sur le plan de l’anarchisme que de l’anticolonialisme. En effet, l’anticolonialisme le rattache à différentes traditions. Raoul Girardet dans L’Idée coloniale en France définit dans quatre types d’anticolonialisme : deux d’entre eux se rattachent à l’idée nationale, le troisième s’incarne dans la protestation humaniste et le quatrième est le messianisme révolutionnaire. L’itinéraire militant de Daniel Guérin peut s’inscrire dans les deux dernières variantes évoquées. Par ailleurs, Pierre Vidal-Naquet propose une grille de lecture de la « résistance française à la guerre d’Algérie ». Il analyse trois idéaux-types. Le premier dreyfusard s’oppose à la guerre d’Algérie au nom d’une idée universelle des valeurs humaines. Le deuxième bolchevique voit dans la guerre d’Algérie une nouvelle configuration d’octobre 1917. Enfin, le Tiers-mondiste jette un regard soit compassionnel et/ou fraternel avec les peuples colonisés. Pierre Vidal-Naquet reconnaît dans son article que les opposants à la guerre peuvent glisser de l’un à l’autre. L’itinéraire de Daniel Guérin est à cet égard exemplaire. Son anticolonialisme a été à la fois dreyfusard, par tradition familiale et scolaire, bolchevique, espérant voir dans l’Algérie indépendante une terre d’élection nouvelle de la révolution, tiers-mondiste puisque depuis son voyage au Proche-Orient en 1929, Guérin partage cette fraternité avec les peuples colonisés. Son anticolonialisme ne peut se réduire à aucun des trois idéaux types, qui se superposent dans sa pensée et son action militante. Guérin ne correspond pas non plus aux formes traditionnelles du militantisme anticolonialiste des militants libertaires. Dans les anarchistes français face aux guerres coloniales j’avais proposé une grille de lecture de l’anticolonialisme libertaire qui se distinguait par strates générationnelles. La génération, qui a connu la montée en puissance du stalinisme avant la Seconde Guerre mondiale, est demeurée anticolonialiste mais s’est montrée la plus réticente à soutenir les mouvements de libération nationale. La génération arrivée en politique à la vieille ou au lendemain de la Guerre est celle qui a le plus intensivement soutenu les luttes de libération nationale. Enfin, la dernière génération arrivée en politique à la fin de la guerre d’Algérie a élaboré une analyse médiane, proche du modèle tiers-mondiste mais contenant de fortes connotations libertaires, soutenant les luttes de libérations nationales, tout en critiquant leurs formes d’actions. Or, son itinéraire militant ne correspond pas non plus à ce schéma interprétatif. Daniel Guérin a commencé son apprentissage militant dans les années 1920. D’abord proche des milieux syndicalistes révolutionnaires, il est devenu pivertiste et membre de la gauche du Parti socialiste dans les années 1930. Il s’est rapproché des militants trotskistes au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour rompre rapidement avec les partisans de Trotski. Enfin, il s’est réclamé du mouvement libertaire à la fin des années 1950, après avoir participer un temps à l’élaboration de la nouvelle gauche. Selon, la typologie esquissée Daniel Guérin aurait dû se montrer rétif quant à apporter un soutien aux luttes de libération nationale. Or, son itinéraire militant vient contredire, la théorie générationnelle énoncée précédemment, même s’il est possible de considérer que ce rapprochement avec les militants anarchistes intervient à l’extrême fin du processus de décolonisation. Daniel Guérin a donc été sa vie durant trotskiste, pivertiste puis libertaire. Ces trois composantes de la gauche radicale se caractérisent par un anticolonialisme militant. C'est pendant la guerre d'Algérie que Guérin se rapproche du mouvement libertaire, exposant notamment dans Jeunesse du socialisme libertaire une première synthèse entre le marxisme et l'anarchisme. Peu après, il publie d’une part l’Anarchisme et son recueil documentaire consacré à l’histoire de l’anarchisme Ni Dieu, ni maître et d’autre part les premières versions de son autobiographie. Quand Daniel Guérin propose cette démarche novatrice, une minorité du mouvement libertaire prend des positions avant-gardistes sur la question coloniale estimant que priorité doit être accordée à l'anti-colonialisme et aux luttes de libération nationale. Elle rompt également avec les formes traditionnelles de l’anarchisme en se réclamant de certains aspects de la pensée marxiste. Cette double évolution favorise ainsi le passage pour Guérin vers cette philosophie politique. C’est à cette même période qu’il publie la majeure partie de ses ouvrages sur la question coloniale et à son action anticolonialiste. Pour comprendre son évolution et définir son approche de l’anarchisme et du marxisme, il convient de la confronter avec son action anticolonialiste, ce qui permet d’interroger les modes de réflexions, qui ont conduit Guérin à cet aggiornamento théorique. Pour y répondre, il s’agit d’analyser la construction de cet anticolonialisme, pour voir ensuite les modalités de son action anticolonialiste et enfin déterminer comment ces actions militantes ont influé sur la construction du marxisme libertaire et comment le communisme libertaire a influencé son regard sur les pays décolonisés. Genèse d’un anticolonialiste L’anticolonialisme de Daniel Guérin, remonte à ses voyages au Proche et Moyen-Orient en 1927-1929 et à son séjour en Asie début 1930. Si la relation avec le monde colonial fut charnelle, c’est lors de ses déplacements que Guérin a découvert la littérature socialiste. Ses premières prises de positions publiques sur la question coloniale ont été exprimées lors de son retour en France. En 1930, conseillé par son grand oncle Daniel Halévy, il rejoint les militants du noyau de la Révolution prolétarienne. Il y rencontre les quelques héritiers du syndicalisme révolutionnaire, regroupés derrière la figure tutélaire de Pierre Monatte. Ce groupe qui, l’année précédente, a fondé un hebdomadaire, le Cri du peuple cherche à rassembler les minorités non staliniennes de la Confédération générale du travail unitaire. Le journal devient par la suite l’organe du Comité pour l’indépendance du syndicalisme. Ce passage par la mouvance syndicaliste révolutionnaire comporte une triple fonction dans son itinéraire. Il découvre le monde ouvrier et se forme au reportage journalistique dans les grèves ouvrières. Enfin son expérience en Asie, au Proche et au Moyen-Orient lui confère immédiatement un statut de spécialiste de la question coloniale. C’est aussi ce passage dans ce milieu lui permet également de se confronter à la mouvance libertaire pris au sens d’une pratique politique et sociale, via notamment son entrée au syndicat des correcteurs. Outre, Pierre Monatte et Maurice Chambelland, il rencontre parmi les membres du noyau de la Révolution prolétarienne des figures marquantes de l’anticolonialisme : Robert Louzon José Pera et Jean-Paul Findori. Ils sont parmi les observateurs les plus attentifs du phénomène colonial et les spécialistes de cette question publiés dans l’organe syndicaliste. Entre 1930 et 1935, la revue a consacré près de 100 articles au colonialisme. Louzon a lui seul en signe 20. Dans ce contexte, les membres du noyau de la Révolution prolétarienne acceptent volontiers les articles de la nouvelle recrue. Dans les années 1930-1931 le monde colonial apparaît au premier plan, en raison de l’exposition coloniale, de la première insurrection indochinoise et de la répression contre les Malgaches. Les articles dans le Cri du peuple témoignent de la radicalisation des idées de Guérin et sont marqués par un caractère messianique et apocalyptique : « je ne veux pas croire que les travailleurs resteront sourds au cri de détresse qui monte de là-bas. Dans leurs meetings, leurs journaux, leurs élus, par leurs élus parlementaires, ils réclameront la fin de l’exploitation indochinoise. […] Mais qu’ils se hâtent de manifester et leur indignation. Bientôt, il sera trop tard. Demain la révolte peut s’amplifier, la répression s’accentuer, plus implacable encore. Et, l’aventure commencée dans le sang des petits soldats et marins français, comme le dénonçait Pierre Loti dans le Pèlerin d’Ankor, risque de s’achever dans un bain de sang ». De même, le refus de l’action non violente telle que la préconise Gandhi en 1931 laisse Guérin des plus septiques, le jeune révolutionnaire est convaincu, sous l’influence implicite de Georges Sorel, que les transformations sociales ne peuvent s’effectuer que sous le sceau de la violence. Cependant, Guérin sait que la portée des articles dans le Cri du peuple ou dans la Révolution prolétarienne est limitée. Les deux journaux tirent respectivement à 9 000 et à 3 500 exemplaires. Selon, une stratégie d’élargissement de ses sphères d’influence, ses contributions les plus importantes sont publiées dans Monde, l’hebdomadaire dirigé par Henri Barbusse, contrôlés par le Komintern. Ce sont ses articles qui lui donne auprès des intellectuels une renommée de militant anticolonialiste, dépassant les cercles restreints de la gauche syndicale antistalinienne. Aux lendemains de ces articles, Daniel Guérin rencontre, pour la première fois des militants nationalistes marocains, et les aide à mettre en forme la brochure Tempête sur le Maroc. Aux yeux des militants occidentaux comme des nationalistes, il apparaît comme extrêmement documenté, possédant une expérience vécue du monde colonial, ce qui lui permet de rencontrer des militants nationalistes et de nouer avec eux des contacts qui s’avèrent durables. En outre, ces minorités anticolonialistes disputent à la Section française de l’Internationale communiste la primeur de l’anticolonialisme. Un militant anticolonialiste antistalinien devient alors un élément important dans la concurrence révolutionnaire que livre les militants le plus souvent en rupture avec le communisme officiel avec le PCF et l’IC. Pour les minorités anti-staliniennes, ce type de militant est d’autant importante qu’une partie des militants d’origine coloniale est elle aussi passée par le Parti communiste et est en rupture avec le stalinisme. Lors de l’avènement du Front populaire et du changement de ligne du Komintern entraîne une évolution dans sa stratégie anticolonialiste, l’extrême gauche demeure seule à afficher un anticolonialisme militant. Néanmoins ces minorités restent marginales comme les mouvements nationalistes. Son envergure de militant anticolonialiste est acquise lors du Front populaire. Pour les nationalistes, les premiers contacts avec le mouvement ouvrier français ont été noués le plus souvent via le Parti communiste, dans les années 1920 avant la stalinisation de l’appareil du Parti. L’exclusion des militants nationalistes comme Messali Hadj lors de la fondation de l’Étoile nord-africaine, favorise une modification des rapports. En effet, seules minorités antistaliniennes prennent leur défense. Entre temps, Guérin a évolué, réadhéré à la SFIO et rejoint la tendance persiste, qui se distingue des autres tendances de ce parti par un anticolonialisme militant. C’est lors de son passage dans la SFIO que les contacts avec les principaux responsables des mouvements nationalistes : Messali Hadj, l’Algérien, Habid Bourghiba, le Tunisien, Hedi Nouira, le Marocain et les Vietnamiens Ta-Thu-Thau et Nguyen-ac-Quoc alias Ho-Chi-Minh sont les plus fructueux. La réunion Colonies SOS, tenue à la Salle du Crypte le 21 octobre 1937 dans le cadre de la campagne lancée par la gauche révolutionnaire de la SFIO, permet à Daniel Guérin de démultiplier les contacts et de s’affirmer comme l’un des représentants les mieux informés de ces questions. De plus, il est devenu dans la SFIO puis particulièrement dans cette frange composite qu’a été le piversitisme, mêlant des arrière-fonds de réformisme politique, de syndicalisme révolutionnaire, d’esprit libertaire et de trotskisme, le spécialiste des questions coloniales. L’exclusion des piversistes de la SFIO et la formation du Parti socialiste ouvrier et paysan accentue le phénomène. C’est dans cette volonté de défense les colonisés que Guérin a réellement forgé sa stature d’anticolonialiste. Dans les réunions publiques, dans les commissions administratives de la SFIO et dans les articles de presse, il témoigne de la même ardeur. Son intervention militante s’inscrit dans trois registres principaux. La volonté d’affaiblir le colonialisme par la stratégie d’alliance, comme le montre l’article « les ennemis de nos ennemis sont nos amis », dans lequel il explique : « nous devons soutenir les mouvements d ‘émancipation, même bourgeois, contre l’oppresseur colonialiste ; soutenir pareillement les luttes des socialistes coloniaux contre l’administration réactionnaire et les gros colons fascistes ; soutenir enfin les mouvements communistes parce que, qu’elles que soient les directives de l’Internationale communiste, il y a dans leur sein, à la base des autochtones opprimés et qui souffrent. Rejeter l’un parce qu’il est trop bourgeois, le second parce que son socialisme n’est pas assez autochtone, le troisième parce qu’il est stalinien, ce serait en définitive, faire le jeu de la brute colonialiste ». Cette déclaration inscrit Guérin dans la catégorie des militants développant un anticolonialisme stratégique et messianique. Parfois, augmenté d’une vision téléologique, il suggère que la fin de l’impérialisme amène nécessairement la révolution sociale. Néanmoins, comme responsable de la commission coloniale de la SFIO, il poursuit un autre objectif, cette fois réformiste : le respect de la parole donnée et des engagements pris. Ainsi il ne réclame pas l’indépendance mais l’égalité entre colonisés et colonisateurs au sein de son organisation politique. De ce fait, il s’inscrit sur le terrain des droits et des promesses à tenir, tant en Indochine qu’en Algérie. Il est possible de retrouver dans ces affirmations à la fois l’expression de la difficile articulation entre pensée révolutionnaire et nécessité de réformer mais également la trace de son héritage familiale et de son passage par le milieu syndicaliste révolutionnaire articulant la morale et le compromis de la réforme. Cette période du Front populaire fait de Guérin, un des personnages clefs au sortir de la Guerre, la nature de son anticolonialisme se modifie en même temps qu’évoluent les rapports entre métropoles et mondes coloniaux. L’action anticolonialiste de Daniel Guérin Avant la Seconde Guerre mondiale, l’anticolonialisme demeure un phénomène marginal, cantonné à des minorités militantes. Il prend réellement son essor en 1945. L’année 1945 est marquée par les soulèvements indochinois et la première révolte du Constantinois, qui se termine par la répression de Sétif. L’anticolonialisme est devenu chez Daniel Guérin un phénomène structurant de sa pensée politique. Il vient rencontrer une conjoncture favorable au déploiement d’une action militante multiforme. La richesse des contacts évoqués pour l’avant-guerre, font de lui un observateur et un acteur d’importance. Parallèlement, son évolution vers le mouvement libertaire permet de jeter un regard partiellement renouvelé sur les modalités de l’action anticoloniale. D’abord la place acquise par son passé permet à Daniel Guérin de devenir une plaque tournante et « l’agent de liaison » entre les différentes composantes de la gauche non communiste. En effet, la majeure partie des acteurs et des fondateurs du mouvement anticolonialiste ont connaissance de la « richesse de son carnet d’adresse ». Ainsi sur les douze comités « contre la répression coloniale », fondés entre 1945 et 1955, il participe à chacun d’eux, Guérin y joue un rôle important Avec la guerre d’Algérie, il existe une évolution dans ses stratégies d’intervention. Guérin est devenu un journaliste réputé dans les milieux de la gauche anticolonialiste. Il peut pousser plus avant ses interventions contre le colonialisme. Par ailleurs, la politique conduite par la SFIO lui permet de radicaliser ses propres positions. Concomitamment, il se rapproche du mouvement libertaire. La rencontre avec les libertaires se fait à mi-chemin entre anarchisme et marxiste sur fonds de lutte anticolonialiste. Au milieu des années 1950 Daniel Guérin en réfléchissant sur les échecs successifs des mouvements révolutionnaires découvre l’anarchisme. La Fédération communiste libertaire, quant à elle, estime qu’il y a des éléments de critiques sociales issus du marxisme qui peuvent être intégrés à la pensée libertaire. C’est surtout la lutte contre le colonialisme qui permet le rapprochement avant même que les évolutions philosophiques ne soient effectuées. En 1953 et 1954, le nom de Daniel Guérin apparaît de manière fréquente dans le Libertaire. En effet, l’organe de la Fédération communiste libertaire mène depuis le début des années 1950 de virulente campagne anticolonialiste. Les militants de l’OPB puis de la FCL, contrairement aux autres franges du mouvement libertaire, ne se limitent pas à une dénonciation du colonialisme. Ils prennent parti pour l’indépendance des peuples colonisés, comme en témoigne, par exemple, cet article de Paul Philippe, alors jeune instituteur, permanent au Libertaire : « L’insurrection violente contre l’impérialisme est plus que jamais notre but définitif. Les héros révolutionnaires ont donné leur vie sans compter pour les grandes causes, ce que soient celle de la Commune, d’Espagne ou de Dien-Bien-Phu […] C’est pourquoi nous n’avons pas le droit de laisser trahir et salir l’immense du peuple indochinois ». Cette radicalisation politique favorise les contacts. C’est ce rapprochement qui permet par exemple la publication par le Libertaire, le 23 décembre 1954, du message de Messali Hadj, réclamant la justice pour le peuple algérien et par conséquent la fin du système coloniale. Après cette date, la fréquentation par Daniel Guérin des milieux libertaires se fait plus constante. Ainsi, il participe aux cotés de Jean Cassou et d’Albert Camus au comité pour la libération de Pierre Morain, un militant de la FCL, emprisonné pour ses articles anticolonialistes. Il est présent également au meeting organisé le Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord et soutenu activement par la FCL,. C’est à cette occasion qu’il signe son dernier article « L’Algérie n’a jamais été la France » dans le Libertaire – le journal disparaissant quelques semaines plus tard – dans lequel il effectue un historique du mouvement nationaliste algérien, se prononce pour la fin des négociations et en faveur de la lutte armée conduite par les militants issus du mouvement messaliste qui ont fondé le Front de libération national : « des jeunes animés d’un esprit nouveau, ont rejoint en masse les rangs des combattants. Nous saluons en eux les héritiers glorieux des grands précurseurs. Grâce à leur héroïsme un énorme pas en avant a été fait et la “nation libre”, choisissant l’amitié d’une France libre, parce qu’ayant renoncé à opprimer, la nation algérienne est en marche ». La similitude avec l’article de Paul Philippe explique cette entente à la fois circonstancielle et idéologique. Cependant, l’évolution de Daniel Guérin n’est pas encore complète. Il est devenu un révolutionnaire sans parti. Il est reconnu comme un intellectuel. C’est à ce titre qu’il intervient dans les différentes mobilisations contre la guerre d’Algérie dans laquelle il retrouve les militants libertaires. Son statut d’intellectuel lui permet, parallèlement d’envoyer régulièrement en son nom propre missives et télégrammes, aux différentes personnalités et responsables politiques. Avec l’installation de la guerre dans la durée le nombre des opposants au conflit augmente. En effet, si les militants anticolonialistes sont peu nombreux au début du conflit algérien à proposer l’indépendance de la colonie française, la radicalisation liée à la guerre, modifie les équilibres internes à la gauche. Daniel Guérin accompagne ce mouvement. Son apogée est atteint avec la parution du Manifeste des 121, sur le droit à l’insoumission. Sans réduire ce manifeste à une pétition d’orientation libertaire ou à une reconnaissance du droit à l’insoumission, il recèle des emprunts à la culture traditionnelle du mouvement libertaire, la présence de Guérin et des surréalistes n’est pas étranger. Enfin, Guérin par ses contacts avec les autres militants révolutionnaires, trotskistes notamment, et les militants nationalistes algériens formés par cette gauche révolutionnaire française, comme Mohammed Harbi, espèrent voir renaître une utopie révolutionnaire. Alors que le nouveau pouvoir algérien est en proie à de tragiques divisions, déjà présentes depuis l’élimination des messianismes, l’évolution de Guérin est encore une fois notable. En effet, lors de l’élimination physique des militants messalistes, il a refusé de choisir et de trancher entre le FLN et le MNA : « Je pense que les torts sont des deux côtés et, comme toi, écrit-il à un jeune militant trotskiste, que nous aurions tort de soutenir inconditionnellement le MNA. Cette position, je l’ai prise publiquement lorsque dans France-Observateur […]. Par contre, je suis absolument indigné des liquidations physiques des leaders MNA qui se déroulent actuellement». Alors que ces éliminations physiques consomment la rupture entre nombres de militants libertaires et les mouvements nationalistes, Daniel Guérin, au contraire, donne priorité à l’indépendance algérienne. Il faut que l’Algérie indépendante soit « caporalisée », selon son expression, pour qu’il souligne publiquement ses désaccords. C’est après cette déception que se produit son rapprochement définitif avec l’ensemble des franges du mouvement libertaire. Il publie des articles dans le Monde libertaire, après la fin de la Guerre d’Algérie, par l’intermédiaire de son ancienne camarade pivertiste, devenue depuis militante anarchiste, Suzy Chevet. Néanmoins, Daniel Guérin conserve à la différence des libertaires une position résolument anticolonialiste qui provient de sa lecture marxiste de l’histoire : « loin de moi la pensée une toute l’entreprise ouverte par l’insurrection de la Toussaint aurait été vaine et stérile […]La révolution algérienne, malgré toutes ses bavures et toutes ses limites, ne fût-ce qu’en apportant la preuve de l’impuissance militaire d’une ci-devant grande puissance coloniale, et de l’inépuisable bravoure des humbles parmi les colonisés, écrit un chapitre nouveau dans l’histoire de la libération de l’homme ». Retrouvant immédiatement des accents libertaires en expliquant que la « dégénérescence de la Révolution russe » et la « Révolution manquée de juin 1936 » avait été un obstacle à une Algérie indépendante et socialiste. C’est cette relecture libertaire de l’histoire des mouvements révolutionnaire qu’il l’oblige à reconsidérer sa position. Anticolonialisme et anarchisme En rejoignant le mouvement libertaire, Daniel Guérin achève la boucle de son itinéraire politique. La double fréquentation des milieux syndicalistes révolutionnaires puis pivertistes a contenu des parcelles d’anarchisme. Il réutilise ses héritages politiques pour proposer une définition nouvelle d’une praxis libertaire. En effet de cette formation Daniel Guérin hérite d’une attention soutenue à des pratiques sociales et aux formes d’émancipation, qui ne peuvent détacher la fin des moyens. Cependant, il conserve un attachement à la mystique révolutionnaire. Il s’agit donc de voir comment cette interaction à fonctionner pour Daniel Guérin dans les années 1960, à partir du moment où il s’est rapproché des militants anarchistes et s’est réclamé d’abord du marxisme libertaire puis du communisme libertaire et d’analyser comment il a combiné son anticolonialisme et anarchisme. L’analyse des articles parus dans la presse puis repris dans Ci-gît le colonialisme tend à souligner que Guérin publie ces articles de dénonciation du phénomène colonial dans des organes autres que la presse libertaire. Inversement, la majeure partie des textes dénonçant le système politique institué dans les pays nouvellement indépendants exprime cette « trahison des idéaux révolutionnaires » est publiée dans la presse, qui de près ou de loin peut-être rattachée à la mouvance libertaire. Cette même dichotomie se retrouve dans les engagements de Guérin et dans la lecture qu’il propose des événements historiques passés. Si l’on cherche dans son testament politique, À la recherche d’un communisme libertaire, des références ou des réflexions sur les échecs des mouvements nationalistes, elles n’apparaissent pas de prime abord, à l’exception d’une mise en parallèle en conclusion d’un article sur l’Autogestion pendant la guerre d’Espagne. Il esquisse également dans L’Anarchisme une analyse comparée du phénomène autogestionnaire. Dans cette réflexion à livre ouvert, Guérin constate que de manière récurrente le phénomène autogestionnaire a été manipulé, absorbé ou détruit par l’étatisme. Cette lecture appliquée aux phénomènes post-coloniaux s’effectue au prisme des événements révolutionnaires : la Révolution française, la Commune de Paris, la Révolution russe, les collectivisations espagnoles de 1936-1939 et le Front populaire en France, qui représentent l’alpha et l’oméga de toutes les comparaisons dans l’histoire de l’anarchisme. Pour Guérin, il s’agit de révolutions trahies, néanmoins elles conservent une pertinence pour construire et appliquer un nouveau modèle révolutionnaire. Ce modèle repose sur le principe de l’exercice de la démocratie directe, héritée de 1793, la défiance envers les avants-gardes autoproclamées et de la conquête par les révolutionnaires des structures répressives dont l’illustration la plus probante est le contre modèle léniniste. À ses yeux, le deuxième écueil demeure l’abandon du principe révolutionnaire par le socialisme démocratique. L’exemple utilisé est celui du Front populaire, qui aurait été « la révolution manqué ». Enfin, l’Espagne est considérée comme le modèle le plus aboutit du phénomène révolutionnaire, même si la conjoncture internationale défavorable a empêché sa réalisation complète. Ces « confiscations de révolutions » sont dans l’esprit des libertaires liées aux contingences extérieures – lecture étatique du phénomène révolutionnaire en 1917-1921, intervention des puissances internationale en 1936, rôle des dominants, manque de volonté révolutionnaires des partis ouvriers, …–. Ces analyses permettant ainsi de ne pas interroger frontalement la réalité du mouvement libertaire et de rejeter l’absence de phénomène révolutionnaire sur les autres forces politiques et sociales. Enfin, elle évite en dernier lieu de questionner le rapport des dominés aux formes de dominations. C’est cette même culture politique et ce même imaginaire militant qui se retrouve, chez Daniel Guérin dans son analyse du phénomène révolutionnaire appliqué au monde post-colonial. Un premier argument est directement lié à la nature des insurrections coloniales, considérées comme légitimes, et qui bénéficient d’un fort coefficient de sympathie. Pour Guérin, elles possèdent même un caractère d’obligation. Lorsque les directions des mouvements indépendantistes ont rejoint « le camp des exploiteurs », elles glissent subrepticement dans le camp de la « contre-révolution bureaucratique » ou dans celui du socialisme d’État : « Le pouvoir issu du 19 juin 1965 [la prise de contrôle du pouvoir par le colonel Boumediene] a eu tout loisir, depuis, de consolider ses assises, de perfectionner son réseau de basse police et de terreur. En outre, le peuple algérien, malgré son hostilité à la dictature militaire, est aujourd’hui matériellement exsangue, moralement traumatisée, épuisé par plus de dix ans de luttes, de répressions, et, depuis l’indépendance trois années d’amères déceptions. […] Il sera sans doute difficile à l’actuelle dictature du sabre d’effacer complètement l’embryon de socialisme dont l’avant-garde ouvrière et paysanne, de pair avec Ben Bella, avait pris en 1963, l’initiative. Ce n’est pas sans raisons que ce pouvoir usurpateur, qui n’en est pas à un mensonge près, continue à se parer de l’étiquette “socialiste” ». Guérin exonère ainsi les masses des échecs des mouvements révolutionnaires, puisqu’il s’agit d’une usurpation. Cette analyse intervient dans un deuxième temps seulement après la fin de la guerre. Il est donc à mettre en relation avec les objectifs finaux de l'anarchisme, tel que le conçoit, comme la majeure partie des libertaires, Daniel Guérin : « le communisme libertaire est, d’essence internationaliste. Il considère comme formant un tout le combat mondial des exploités. […] Il ne conçoit l’internationalisme prolétarien que s’il cesse d’être une imposture, c’est-à-dire s’il est animé de bas en haut, sur un pied d’égalité absolue, sans subordination aucune à tel “grand frère” qui se croit plus puissant et plus malin […]. [Il ne] sacrifie jamais la lutte révolutionnaire aux impératifs diplomatiques de grands empires dits socialistes […] et n’hésite pas à les renvoyer dos-à-dos, si leurs aberrantes querelles fratricides portent une atteinte mortelle à la cause du socialisme universel». Cette déclaration permet d'approcher l'un des fondements de la pensée libertaire prise au sens large. Elle justifie, dans un premier temps et par avance, l'argument selon lesquels des avertissements relatifs aux conséquences possibles de l’Étatisation des luttes de libération nationale ont été développés. Elle présente, dans un deuxième temps, le communisme libertaire comme la seule solution possible. Cette cause devient la seule cause juste. Par conséquent, dans un troisième temps, le manque d’écoute peut-être déploré. Ce constat autorise en dernier lieu à expliquer que si la révolution sociale n’a pas eu lieu, c'est parce qu'elle a été usurpée par les dirigeants des États en formation. En conséquence, les libertaires ne sont pas responsables, rejoignant un phénomène messianique, spécifique à l'anarchisme, qui par la simple force de la parole pensent pouvoir délivrer l'humanité. Daniel Guérin par cette formule a intégré les classiques de la pensée anarchiste, même si contrairement à la majorité des autres militants, il ne regrette pas les expériences passées. En effet, à ses yeux, l’objectif premier était de mettre fin aux régimes coloniaux, les autres questions sont demeurés secondaires. Dans l’un de ses articles consacré à la Révolution russe, Daniel Guérin évoque, pour expliquer en partie l’attitude des bolcheviks face au pouvoir et à la révolution, après Rosa Luxemburg et Victor Serge, « l’impératif » ou « la contrainte de la nécessité ». S’il utilise cette argumentation c’est pour immédiatement la condamner expliquant que : « les intentions subjectives avaient également joué un rôle non négligeable. Il faut être aveuglé par le dogmatisme pour ne pas discerner dans le léninisme, se superposant à des tendances vaguement libertaires et les annihilant, une propension au plus autoritaire des communismes d’État ». Or, l’analyse que Guérin applique à la question coloniale et aux luttes de libérations nationales relève du même procédé. Il s’agit, au nom d’un impératif nécessaire, de mettre fin aux régimes coloniaux. Dans un deuxième temps seulement, il interroge la construction des nouvelles nations et leurs rapports au pluralisme et à la démocratie. Cet agir militant est directement lié à son optimisme révolutionnaire qu’il caractérise ainsi : « sans optimisme qu’en serait-il du volontarisme révolutionnaire et le pessimisme, au moment où se pratique l’action, ne serait-il pas qu’un pessimisme paralysant ? ». Ce qui dénote le refus de regarder les événements avec cet « amer orgueil de la lucidité désespérée », dont parlait Louis Mercier, et de constater par la suite, que l’hypothèse révolutionnaire s’est soldée par un échec. En reconnaissant s’être trompé, ou avoir été abusé, il rejoint ainsi son propre itinéraire militant. Guérin a été à la fois, parcouru par un messianisme anticolonialiste se subdivisant entre un modèle bolchévisant et un modèle tiers-mondiste, son engagement prenant source dans l’anticolonialisme humaniste ou dreyfusard, qui trouve son origine dans l’enseignement reçu à l’École libre des sciences politiques et dans ses liens de parentés avec Daniel Halévy. Enfin, Guérin s’est rapproché du modèle libertaire, après que les expériences révolutionnaires ont été closes. C’est la somme des expériences acquises de l’ensemble de la galaxie de la gauche antistalinienne et de leurs échecs successifs qui permet le passage à une forme d’anarchisme revendiquée. Comme si Guérin retrouvait dans l’anarchisme une posture morale, qui serait venu donner à posteriori raison à l’anarchisme historique, « moraliste et petit-bourgeois », finalement peu éloigné des cours et de la morale dispensée par Élie Halévy à Sciences-po. Mais, cette morale Guérin ne l’a appliquée qu’après le feu de l’action, contrairement à un autre intellectuel libertaire, Albert Camus, qui avait mis en garde les militants sur l’empreinte totalitaire présente dans les mouvements de libération nationale et sur cet « anticolonialisme [qui] devienne la bonne conscience qui justifie tout, et d’abord les tueurs », avertissement qui explique certainement que l’anticolonialisme de Guérin se soit tenté d’anarchisme, mais uniquement après la fin des guerres coloniales. . Paris, Hachette, 1990, pp. 304-334. [Première édition, La Table Ronde, 1972]. . « Une fidélité têtue. La résistance française à la guerre d’Algérie », Vingtième siècle, revue d’histoire, n°10, avril-juin 1986, pp. 3 -18. . Lyon, ACL, 2003, pp. 109 -113. . Sur l’itinéraire de Daniel Guérin, Cf. Jean Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Paris, Éditions ouvrières, vol. 31, 1988 et ses deux autobiographies citées ci-après. . Paris, Delphes, 1965. . Paris, Gallimard, 1965. . Eux et lui, Monaco, Le Rocher, 1962 et Un Jeune homme excentrique, Paris, Julliard, 1965. .Cf. ici même les contributions de David Berry, Georges Fontenis et Laurent Esquerre. . Au service des colonisés : 1930-1953 , Paris, Minuit, 1954 repris par la suite dans Ci-gît le colonialisme : Algérie, Inde, Indochine, Madagascar, Maroc, Palestine, Polynésie, Tunisie. Témoignage militant (Paris/La Haye, Mouton & cie, 1973). Ce recueil comprenant la quasi totalité des textes sur le colonialisme à l’exception de Les Assassins de Ben Barka, dix ans d’enquête, Paris, Guy Authier, 1975 puis Ben Barka, ses assassins, Paris, Syllepse et Périscope, 1991 et Quand l'Algérie s'insurgeait, 1954-1962: Un anticolonialiste témoigne, Grenoble, La Pensée sauvage, 1979, qui reprend la première partie de Ci-gît le colonialisme, op. cit. . À la recherche d'un communisme libertaire, Paris, Spartacus, 1984 puis 2003 qui reprend les éléments énoncés dans Jeunesse du socialisme libertaire, op. cit., et Pour un marxisme libertaire, Paris, Robert Laffont, 1969. . Autobiographie de jeunesse, op. cit. . Sur ce point, Daniel Guérin, Le Front populaire, révolution manquée, Paris, Julliard, 1967, réédition Arles, Actes sud, 1997, chapitre 1. . Selon le dépouillement effectué par Benjamin Stora, Nationalistes algériens et révolutionnaires français au temps du Front populaire, Paris, L’Harmattan 1987, pp. 57-58. . « Au secours de nos frères d’Indochine », Le Cri du Peuple, 21 mai 1930, reprit dans Ci-gît le colonialisme, op. cit., pp. 416-418. . Selon Colette Chambelland, Pierre Monatte une autre voix syndicaliste, Paris, L’Atelier, 2000, p. 161  « Les ennemis de nos ennemis sont nos amis », La Vague, 15 décembre 1936, repris dans Ci-gît, ; op. cit., p. pp. 214-217. . P. Philippe, « Le seul mot d’ordre », Le Libertaire, n°392, 24 juin 1954. . Ci-gît…, op. cit., pp. 321-328. . Sur les télégrammes Ci-gît…, op. cit., introduction. . Cf. sur ce point Mohammed Harbi, Mémoires, Paris, La Découverte, 2001. . Ci-gît…, op. cit., pp. 114-115. . Ci-gît, op. cit., p. 167. . Bien que l’historiographie ait montré qu’il s’agissait d’avantage d’une explosion sociale, sans visée révolutionnaire ; il ne s’agit pas de juger si l’expression de Guérin est valide mais de la prendre comme la construction d’une pensée politique structurante.  « L’Algérie caporalisée », reprit dans Ci-gît…, op. cit, pp. 393-394 . « Un communisme libertaire pourquoi ? », in À la recherche…, op. cit., p. 124. . « Lénine ou le socialisme par en haut », in À la recherche…, op. cit., p. 78. . Ci-gït…, op. cit. p. 354 . La Révolution prolétarienne, octobre 1958. 5ù¶·' ( ˜™;<–¢£æø56›œòóëéÀÐßà!#!"€"¬"Ç"Ô#á# &¡&þ'((2(o(p() )¡*µ*ã9ä9¤>Ï>»GÈG‹I•IíJîJiKvKÇMÈM-N:NSS«V¬V}Y~Yf[y[8_9_¶_Õ_…c›céefg#g÷õìåååõìõìõååååãåõõåõåõõåõõåõõåãõõåõåõåååõåãõõõ5 j0JUj0J6U65CJOJQJZ345¢u ‹žêë#/ö3Å=¢>£>¤>Ï>ÄA­E> Heading 2$$@&a$ CJOJQJ<A@òÿ¡< Default Paragraph Font8B@ò8 Body Text$a$ CJOJQJ2@2 Footnote TextCJ8&@¢8 Footnote ReferenceH*Z+"Z Endnote Text„Üd,`„Ü B*OJPJQJmH phsH u6*@¢16 Endnote ReferenceH*^þB^ Citation„7d,¤´¤´^„7$B*CJOJPJQJmH phsH u¶' ˜ ;¢5›òß "o$ã5íFÇIO«R}U8[Ìgup_tzø}9„+‘ QâÂÜ÷T«29Æsúdá/ R ‹ Õ ø   d ¶  # Q T +‘¤ÿÿÿÿ345¢u‹ žêë+ö/Å9¢:£:¤:Ï:Ä=­A?@ABCDEFGHIJKLMNOPQRþÿÿÿTUVWXYZ[\þÿÿÿ^_`abcdþÿÿÿfghijklþÿÿÿýÿÿÿoþÿÿÿþÿÿÿþÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿRoot Entryÿÿÿÿÿÿÿÿ ÀFP,Oßö¦Äq€1TableÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿSkWordDocumentÿÿÿÿÿÿÿÿ*¤SummaryInformation(ÿÿÿÿ]DocumentSummaryInformation8ÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿeCompObjÿÿÿÿjObjectPoolÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿP,Oßö¦ÄP,Oßö¦Äÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿþÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿþÿ ÿÿÿÿ ÀFMicrosoft Word Document MSWordDocWord.Document.8ô9²q